Le Vrai/Faux Collaboratif : comment définir une notion et lever les représentations sans PowerPoint descendant
Comment travailler une notion en formation sans être dans une méthode expositive ? Cette technique permet de définir un concept, lever les représentations et créer de la co-construction : en collaboratif, avec des cartes et de la pâte à fixe. Simple à préparer, adaptable à tous les sujets.
On a tous vécu ça. Une formation commence. Le formateur ouvre son PowerPoint. Et pendant une heure, il explique ce qu'est la notion centrale du programme.
Les participants notent. Ou font semblant. Mais est-ce qu'ils ont vraiment challengé ce qu'ils croyaient savoir ? Est-ce qu'ils ont confronté leurs représentations à quelque chose ? Pas vraiment. Parce qu'ils n'ont pas eu à penser.
Le Vrai/Faux Collaboratif change ça radicalement. C'est une technique que j'utilise très souvent pour ouvrir une formation : ou pour introduire une notion complexe que le groupe croit déjà maîtriser. Je l'ai présentée dans l'épisode 13 des Brèves Pédagogiques.
Cet article développe l'épisode 13 des Brèves Pédagogiques, le podcast court et actionnable pour les formateurs qui veulent avoir de l'impact.
Écouter l'épisode → ccom-formation.fr🎯 L'intention pédagogique
Travailler une notion en pédagogie active, ça ne veut pas dire « éviter de transmettre ». Ça veut dire : faire en sorte que les apprenants aient à se positionner, à argumenter, à confronter leurs certitudes : avant que le formateur apporte ses éclairages.
Ce que j'aime dans le Vrai/Faux Collaboratif, c'est qu'il révèle les représentations du groupe sans que personne ait à l'admettre explicitement. Les échanges entre apprenants font ce travail bien mieux qu'une question ouverte en grand groupe.
Le formateur ne corrige pas. Il questionne. « Qu'est-ce qui vous pousse à vouloir déplacer cette carte ? » : c'est cette question qui déclenche la vraie réflexion. Pas la réponse du formateur.
Le concept de représentation mentale en formation est central dans les travaux de Vygotski sur la zone proximale de développement. Un apprentissage réel ne se construit pas sur du vide : il doit dialoguer avec ce que l'apprenant croit déjà savoir. Ignorer les représentations initiales, c'est risquer que le nouveau savoir « ne prenne pas ».
🎓 Les objectifs de la technique
- Découvrir et définir une notion ou un sujet, de façon active et collective
- Lever les représentations : ce que le groupe croit savoir, ce qu'il ne sait pas encore
- Favoriser la collaboration entre apprenants dès le début de la formation
- Positionner le formateur en facilitateur, pas en transmetteur
🧰 Le matériel nécessaire
- 2 grandes cartes plastifiées : VRAI ✅ et FAUX ❌
- Environ 20 à 25 cartes plastifiées avec des affirmations sur la notion abordée
- De la pâte à fixe : l'outil essentiel du formateur 😂
- Un tableau ou un mur pour afficher les cartes
La plastification est optionnelle mais recommandée si vous réutilisez le kit plusieurs fois. Pour une formation unique, des cartes imprimées font très bien l'affaire.
📋 Le déroulé pas à pas
Rédigez environ 20 affirmations sur la notion que vous allez travailler. Certaines sont vraies, certaines fausses, et quelques-unes sont intentionnellement dans le flou : pour créer le débat. Plastifiez-les ou imprimez-les en cartes séparées. Installez les deux panneaux VRAI et FAUX au mur avant l'arrivée du groupe.
Distribuez les cartes au groupe et donnez la consigne : ils doivent se mettre d'accord ensemble pour classer chaque affirmation sous VRAI ou FAUX. Aucune intervention de votre part. Vous observez.
Ce moment est précieux. Les échanges révèlent les représentations, les croyances, les certitudes : et parfois les désaccords profonds sur ce que le groupe pensait partager comme définition commune.
Annoncez le nombre d'erreurs dans la colonne VRAI et dans la colonne FAUX. Sans dire lesquelles. Demandez : « Quelle carte souhaitez-vous déplacer ? »
« Qu'est-ce qui vous pousse à proposer cette affirmation ? »
C'est cette question qui déclenche la vraie réflexion. Pas votre correction. Les apprenants doivent argumenter, défendre leur point de vue : ou changer d'avis. Vous intervenez sur les erreurs restantes et apportez les éléments de définition qui manquent.
Je ne précise pas toujours que certaines cartes peuvent être mises « entre les deux ». Mais j'adore quand un groupe le fait spontanément. Ça montre qu'ils ont compris la nuance : et ça ouvre une discussion sur la complexité du sujet bien plus riche qu'une réponse binaire.
✍️ Comment préparer de bonnes affirmations
C'est là que réside la qualité de la technique. Une mauvaise affirmation = pas de débat. Quelques principes :
- Ciblez les représentations courantes : ce que les gens pensent souvent à tort sur votre sujet
- Créez du flou intentionnel : des affirmations vraies dans certains contextes, fausses dans d'autres
- Évitez les pièges trop évidents : si tout le monde sait, pas de débat
- Testez avec quelqu'un hors du domaine : si la réponse est immédiate, reformulez
En CNV par exemple, une affirmation comme « La CNV, c'est une technique pour être gentil avec les autres » est parfaite : elle active une représentation très courante, et sa correction ouvre un débat fondamental sur ce qu'est réellement le processus.
⚠️ Points de vigilance
- La qualité des affirmations est déterminante. Si elles sont trop simples ou trop complexes, le débat ne prend pas. Prévoyez un temps de préparation sérieux.
- Ne corrigez pas trop vite. La valeur pédagogique est dans le cheminement, pas dans la bonne réponse. Laissez le groupe argumenter avant d'intervenir.
- Cadrez le temps du 1er temps. Sans minuterie, certains groupes s'éternisent sur une carte pendant que le reste attend. 15 à 20 minutes, pas plus.
- Gérez les personnalités dominantes. Si une personne oriente tout le groupe, veillez à ce que chacun ait pu s'exprimer avant de valider un classement.
- Adaptez le nombre de cartes au temps disponible. 20 à 25 cartes pour une séquence d'environ 40 minutes. Plus de cartes = plus de temps de débriefing.
✅ Les avantages de cette technique
- 👥 Collaboration immédiate : les apprenants doivent se mettre d'accord. Ça crée du lien et une dynamique de groupe dès le démarrage.
- 💬 Échanges riches : le débat autour des cartes ambiguës génère souvent les discussions les plus intéressantes de la journée.
- 🤝 Co-construction des apports : le groupe participe à définir la notion. Ils s'en souviendront mieux que d'une slide.
- 🟢 Adaptable à tous les sujets : CNV, Qualiopi, management, communication, réglementation… si vous pouvez formuler des affirmations, vous pouvez utiliser cette technique.
Ce que j'aime aussi, c'est que la technique ne demande pas un matériel sophistiqué. Des cartes, de la pâte à fixe, et un mur. C'est tout. Et ça marche à chaque fois : à condition d'avoir préparé de bonnes affirmations.
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Échangeons sur vos formations🎧 Épisode 13 des Brèves Pédagogiques : j'explique comment préparer les affirmations, comment animer le débriefing et comment adapter la technique à des sujets réglementaires comme Qualiopi.
Écouter l'épisode sur ccom-formation.fr →Pour aller plus loin
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Gwenaël Masson. Je suis formateur-médiateur indépendant, certifié Qualiopi. J'accompagne les formateurs
(professionnels et occasionnels), les tuteurs et les équipes sur la pédagogie active, l'ingénierie de formation et la communication bienveillante. Depuis 2015, plus de 450 formateurs ont
suivi mes formations.
📍 Saint-Renan, Finistère. [email protected] | ccom-formation.fr

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