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Les Brèves pédagogiques - Épisode 12 - « Dis, tu me fais un dessin. »

« Dis, tu me fais un dessin » : une activité en binôme pour apprendre à se faire comprendre

Se faire comprendre, c'est plus difficile qu'on ne le croit. Cette activité en binôme le démontre en moins de dix minutes, sans long discours théorique. Elle aborde la clarté des consignes, les freins à la communication, et la puissance de la reformulation. À adapter en formation de tuteurs, de managers ou sur les bases de la communication orale.

J'utilise cette activité depuis longtemps, dans des contextes très différents. Et à chaque fois, le même moment se produit : quand les deux personnes se retournent et comparent leurs dessins, les rires fusent. Puis vient la réflexion. Le chaos, le malentendu, le dessin raté : tout cela devient la matière première d'un vrai travail sur la communication.

C'est l'exercice que j'ai présenté dans l'épisode 12 des Brèves Pédagogiques. Il s'appelle « Dis, tu me fais un dessin ». Il se pratique en binôme, en deux temps. Et la contrainte qui change entre les deux temps, c'est elle qui fait toute la magie pédagogique.

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Cet article développe l'épisode 12 des Brèves Pédagogiques, le podcast court et actionnable pour les formateurs qui veulent avoir de l'impact.

Écouter l'épisode → ccom-formation.fr

🎯 L'intention pédagogique

Ceux qui forment sur la communication orale, le tutorat ou le management connaissent ce problème : comment faire vivre aux apprenants les difficultés de la communication, plutôt que de leur expliquer en PowerPoint que « les freins à la communication sont nombreux » ?

Cette activité répond exactement à ça. Elle place l'apprenant dans une situation concrète où il doit s'exprimer clairement, et où il découvre par l'expérience que c'est beaucoup plus difficile que prévu.

L'expérience vécue génère la prise de conscience. Pas le discours du formateur. C'est le principe au cœur de cette activité, et de la plupart des techniques actives que j'utilise.

Le saviez-vous ?

Selon les travaux de Shannon et Weaver sur les modèles de communication, chaque message traverse plusieurs filtres entre l'émetteur et le récepteur : le codage, le canal, le décodage, mais aussi les représentations individuelles de chaque mot. Ce que nous appelons « dire clairement quelque chose » ne garantit pas que l'autre comprend ce que nous avons voulu dire.


🎓 Les objectifs de l'activité

  • Exprimer des consignes de manière claire et précise pour guider un binôme vers un résultat attendu
  • Exécuter des consignes sans avoir accès aux informations visuelles de l'autre
  • Prendre conscience des freins à la communication et de l'importance de la reformulation
  • Identifier des outils concrets pour améliorer la qualité des échanges au quotidien

🧰 Le matériel nécessaire

Peu de préparation, et le matériel que vous avez sûrement déjà :

  • Des feuilles avec un dessin simple composé de formes géométriques (vélo, ballon, maison… les contours doivent pouvoir se décrire avec des ronds, carrés, triangles, courbes)
  • Des feuilles blanches et des stylos ou crayons pour dessiner
  • Aucun autre matériel : pas d'écran, pas de support numérique

Si vos apprenants forment sur ordinateur ou travaillent en distanciel, vous pouvez adapter l'exercice avec un partage d'écran désactivé et un canal audio uniquement.


📋 Le déroulé pas à pas

Mise en place (2 min)

Les apprenants se mettent en binôme. Prenons Bernard et Germaine. Vous donnez à Bernard une feuille avec le dessin, qu'il ne montre pas à Germaine. Ils se positionnent dos à dos. Germaine a une feuille blanche et un crayon. C'est parti.

1er temps : sans parole (2 à 3 min)

Bernard décrit son dessin à Germaine. Mais il ne peut utiliser que du vocabulaire de formes géométriques : rond, carré, triangle, courbe, losange, ligne droite. Il peut préciser la taille, l'orientation, la position (gauche, haut, centre…).

En revanche : pas de références visuelles comme « une sorte de chapeau » ou « comme une roue de vélo ». Et Germaine, de son côté, ne peut pas parler du tout. Pas de question, pas de « OK », pas de « je suis perdue ». Elle dessine en silence.

Révélation et inversion des rôles (2 min)

On s'arrête. Chacun montre son dessin à l'autre, et Germaine compare avec le dessin d'origine que Bernard avait. Le résultat est rarement identique, et c'est voulu. Les rires arrivent. On inverse : Germaine décrit, Bernard dessine. Même durée, mêmes contraintes.

2e temps : avec reformulation (4 à 5 min)

On recommence avec un nouveau dessin. Même exercice. Mais une seule différence, et c'est elle qui change tout : la personne qui dessine peut maintenant parler. À une condition : elle doit utiliser la reformulation avant toute question.

« Quand tu dis en haut à gauche du carré, tu veux dire collé au carré ou décollé ? »

« Quand tu dis dans le sens de la longueur, horizontalement ou verticalement sur ma feuille ? »

Si la reformulation n'est pas utilisée, la personne qui donne les consignes n'a pas le droit de répondre. Durée un peu plus longue : 4 à 5 minutes par sens.

Débriefing collectif (10 à 15 min)

Le vrai apprentissage commence là. Les questions que j'utilise en débriefing :

  • Qu'avez-vous vécu comme différences entre les deux temps ?
  • Qu'est-ce qui vous a surpris quand vous avez vu le dessin de l'autre ?
  • Qu'est-ce que ça vous dit sur votre propre façon de communiquer ?
  • Quels outils pouvez-vous en tirer pour votre quotidien ?

🔍 Ce que révèle cet exercice

Le débriefing aide les apprenants à mettre des mots sur trois constats qui arrivent à chaque fois :

Premier constat : même quand on essaie d'être précis, c'est difficile de s'exprimer clairement. Les mots que l'on croit neutres, comme « grand », « en haut » ou « à gauche », ne signifient pas la même chose pour tout le monde.

Deuxième constat : même quand on est précis, des freins à la communication perturbent la compréhension. Chacun a ses représentations. Sa façon d'interpréter. Son cadre de référence.

Troisième constat : on peut faire quelque chose. La reformulation n'est pas juste répéter ce qu'on a entendu. C'est vérifier qu'on a bien compris ce que l'autre voulait dire. Et ça change tout.


⚠️ Points de vigilance

  • Cadrés les contraintes clairement dès le départ. Si vous laissez planer le doute sur ce qu'on peut ou ne peut pas dire, l'exercice perd de sa richesse.
  • Ne sautez pas la révélation des dessins après le premier temps. C'est ce moment qui déclenche la prise de conscience et donne envie d'aller plus loin.
  • Surveillez le temps. Le premier temps peut s'étirer si vous ne donnez pas de minuterie visible. 2 à 3 minutes suffisent : ce n'est pas une question de résultat parfait.
  • Soyez vigilant en distanciel. L'exercice fonctionne mais demande un bon cadre : canaux audio distincts, consignes très claires sur le partage d'écran.
  • Préparez plusieurs dessins. Ceux qui terminent vite peuvent recommencer avec un nouveau dessin pendant que les autres finissent.

✅ Ce que j'aime dans cette technique

🌱 Ce que ça produit
  • Attention et engagement élevés
  • Rires, et un vrai apprentissage derrière les rires
  • Co-construction des apports avec le groupe
  • Expérience = vécu = mémorisation durable
  • Pas besoin de slides théoriques
🌀 Adaptable à…
  • Formation de tuteurs
  • Communication orale et assertivité
  • Management et transmission de consignes
  • Distanciel avec adaptation
  • Tous niveaux, tous secteurs

Ce que j'apprécie particulièrement, c'est que le débriefing s'écrit presque tout seul. Le groupe a vécu quelque chose de concret. Les constats arrivent naturellement. Mon rôle en tant que formateur, c'est juste de poser les bonnes questions et de mettre en lumière ce qui s'est passé.


Vous formez sur la communication ou le tutorat ?

Cette technique fonctionne sur ces sujets, mais aussi en formation de formateurs, pour aborder la posture de transmission. Si vous souhaitez explorer comment l'intégrer à vos sessions, parlons-en.

Échangeons sur vos formations

🎧 Épisode 12 des Brèves Pédagogiques : j'explique la technique en détail, avec des exemples concrets de débriefing et comment adapter selon le contexte.

Écouter l'épisode sur ccom-formation.fr →

Pour aller plus loin

Gwenaël Masson. Je suis formateur-médiateur indépendant, certifié Qualiopi. J'accompagne les formateurs (professionnels et occasionnels), les tuteurs et les équipes sur la pédagogie active, l'ingénierie de formation et la communication bienveillante. Depuis 2015, plus de 450 formateurs ont suivi mes formations.

📍 Saint-Renan, Finistère. [email protected] | ccom-formation.fr

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