Chercher les intrus et ranger dans l'ordre : une technique active pour former sur les procédures et les logiciels
« Moi je forme sur un logiciel, je vois pas comment faire autrement que montrer. » J'entends ça régulièrement. Voici une technique qui met les apprenants en mode réflexion : avant la démonstration. Des cartes avec des captures d'écran, trois erreurs à trouver, un ordre à reconstituer. Facile à préparer et riche en apprentissages.
En formation de formateurs, j'ai souvent eu cette remarque : « Oui, c'est super tes techniques pédagogiques, mais je ne vois pas comment je peux les appliquer à mes formations. » La plupart du temps, ça vient de formateurs qui travaillent sur un logiciel ou une procédure technique. Et pour qui la méthode démonstrative semble être la seule option.
Je comprends l'intuition. Quand vous formez sur une manipulation précise, montrer est une étape nécessaire. Mais montrer seulement, ça met l'apprenant en mode imitation. Il regarde. Il reproduit. Il mémorise la surface. Il ne comprend pas forcément la logique derrière.
La technique « Chercher les intrus et ranger dans l'ordre » répond exactement à ce problème. Elle fait réfléchir les apprenants avant de leur montrer. C'est l'épisode 14 des Brèves Pédagogiques : et je vous la détaille ici.
Cet article développe l'épisode 14 des Brèves Pédagogiques, le podcast court et actionnable pour les formateurs qui veulent avoir de l'impact.
Écouter l'épisode → ccom-formation.fr🎯 L'intention pédagogique
La méthode démonstrative est utile. Elle a sa place. Mais elle souffre d'un problème pédagogique bien documenté : elle place l'apprenant en situation de mémorisation, pas de réflexion. Il regarde quelqu'un faire. Il essaie de reproduire. Si ça bug, il ne sait pas pourquoi.
- L'apprenant observe et reproduit
- Il mémorise la surface (les clics)
- Il ne comprend pas la logique
- Il est perdu dès que l'écran est différent
- L'apprenant doit raisonner sur les étapes
- Il identifie des indices visuels
- Il comprend la logique de la procédure
- La démo qui suit ancre ce qu'il a déjà construit
Faire réfléchir avant de montrer. Ça change tout. Pas pour remplacer la démonstration : pour la précéder, et la rendre beaucoup plus efficace.
🎓 Les objectifs de la technique
- Faire réfléchir les apprenants sur la logique d'une procédure ou d'une suite d'étapes
- Identifier les étapes incorrectes dans un processus
- Reconstituer l'ordre logique d'une procédure
- Favoriser le conflit sociocognitif au sein des sous-groupes
- Préparer la mémorisation grâce à la manipulation physique des cartes
Les recherches sur le conflit sociocognitif (Doise & Mugny, 1981) montrent que les désaccords entre pairs, quand ils portent sur un contenu à apprendre, favorisent une meilleure construction du savoir que l'écoute d'un expert. Quand deux apprenants débattent pour savoir si une étape est correcte, ils réfléchissent à la logique de la procédure bien plus profondément qu'en regardant une démonstration.
🧰 Le matériel nécessaire
- Des captures d'écran des étapes de la procédure (ou des photos si c'est une manipulation physique), imprimées en format carte
- Parmi ces cartes : 3 erreurs intentionnelles (une étape manquante, une étape dans le mauvais sens, une étape qui n'existe pas dans la procédure)
- Plastifieuse : recommandée pour la durabilité si vous réutilisez le kit
- Un espace de table ou de sol pour que chaque groupe puisse manipuler ses cartes
Pas de plastifieuse ? Des cartes imprimées sur du papier épais fonctionnent très bien. Et si votre procédure est numérique, vous pouvez utiliser des captures d'écran imprimées directement.
📋 Le déroulé pas à pas
Photographiez ou capturez les étapes de votre procédure. Intégrez 3 erreurs : une étape absente, une étape incorrecte (la mauvaise action), une étape qui n'existe pas dans le bon flux. Imprimez en format carte, plastifiez si possible. Préparez un jeu par sous-groupe.
Formez des sous-groupes de 3 à 5 personnes. Distribuez à chacun un jeu de cartes mélangées. Donnez la consigne en deux parties : chercher les 3 erreurs, puis classer les cartes restantes dans l'ordre logique.
Vous observez. Vous n'intervenez pas. Ce qui se passe dans les groupes, c'est précieux : ils manipulent les cartes, débattent, argumentent.
« Non, cette étape vient avant. Regarde, là on est encore sur l'écran d'accueil. »
« Attends, ça c'est une erreur : le champ est vide alors qu'il devrait être rempli. »
Ce type d'échange fait travailler la compréhension de la logique bien plus profondément qu'une démonstration.
Chaque groupe présente rapidement ses choix. Quelles sont les 3 erreurs qu'ils ont identifiées ? Dans quel ordre ont-ils classé les cartes ? Les écarts entre groupes nourrissent directement le débriefing.
Vous confirmez les erreurs et donnez la correction. Puis vous faites émerger le raisonnement des apprenants avec ces questions :
- Qu'est-ce qui vous a guidés dans cet ordre ?
- Quels indices vous ont mis sur la piste des erreurs ?
- Qu'est-ce qui vous a mis en doute sur certaines cartes ?
🔄 Et la démonstration dans tout ça ?
La méthode démonstrative n'est pas à supprimer. Elle vient après cette activité : comme consolidation. Et elle est beaucoup plus efficace parce que les apprenants ont déjà raisonné sur la procédure. Quand ils voient la démo, ils ont un cadre mental pour y raccrocher ce qu'ils observent.
C'est ça, la différence entre former en mode actif et former en mode transmissif : dans les deux cas, l'information passe. Mais dans le premier cas, elle s'ancre.
⚠️ Points de vigilance
- Les erreurs doivent être vraisemblables. Si elles sont trop grossières, les apprenants les repèrent sans réfléchir. L'erreur doit créer du doute et forcer la discussion.
- Prévenez qu'il y a X erreurs. Sans ce cadre, certains groupes passent du temps à tout remettre en question au lieu de se concentrer sur les incohérences.
- Ne laissez pas les groupes bloquer trop longtemps. Si un groupe est vraiment bloqué après 10 minutes, un indice discret suffit : sans donner la réponse.
- Le débriefing est aussi important que l'activité. Sans les questions sur le raisonnement, l'apprentissage reste en surface.
- Adaptez aux procédures avec variantes. Si votre procédure a plusieurs chemins possibles, précisez le contexte spécifique que vous illustrez avec les cartes.
✅ Les avantages de cette technique
- 👥 Collaboration active : les apprenants raisonnent ensemble, confrontent leurs points de vue et construisent une compréhension collective.
- 💬 Réflexion avant imitation : au lieu de reproduire des gestes vus, les apprenants comprennent la logique derrière les étapes.
- 📵 Manipulation hors écran : les cartes physiques changent le rapport à l'apprentissage. Les mains qui bougent, ça ancre mieux.
- 🟢 Adaptable à toutes les procédures : logiciel, manipulation en atelier, procédure administrative, protocole qualité… si vous pouvez photographier les étapes, vous pouvez utiliser cette technique.
Et pour finir : cette technique est une excellente réponse à ceux qui pensent que la pédagogie active ne peut pas s'appliquer aux formations « techniques ». Elle peut et souvent, c'est même là, qu'elle fait le plus de différence.
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Échangeons sur vos formations🎧 Épisode 14 des Brèves Pédagogiques : je vous présente cette technique avec un exemple que j'ai vécu.
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Gwenaël Masson. Je suis formateur-médiateur indépendant, certifié Qualiopi. J'accompagne les formateurs
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